Combien gagne un député européen ?

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Vous avez vu passer des chiffres partout : 23 000 €, 15 000 €, parfois plus, parfois moins. Certains absurdes, d’autres tronqués, presque tous incomplets. La réalité est à la fois plus simple et plus complexe qu’on ne vous l’a dit. Voilà ce qu’il en est vraiment, chiffres officiels à l’appui.

Un salaire unique pour 720 élus, quelle que soit leur nationalité

C’est l’une des choses les moins connues du grand public : tous les eurodéputés touchent exactement la même indemnité, qu’ils soient français, allemands ou hongrois. Pas de négociation, pas de prime nationale, pas de traitement à la tête du client. Depuis l’entrée en vigueur du statut unique des députés en 2009, la règle est la même pour les 720 élus du Parlement européen.

Au 1er avril 2025, cette indemnité brute s’établit à 10 927,44 € par mois. Après déduction de l’impôt communautaire et des cotisations d’assurance, le montant net tombe à 8 517,01 €. Ce chiffre est fixé par une formule précise : il correspond à 38,5 % du traitement de base d’un juge à la Cour de justice de l’Union européenne. Ce n’est pas arbitraire. C’est un ancrage institutionnel, pensé pour lier la rémunération des élus à celle de la haute fonction publique européenne, et la faire évoluer au même rythme.

Ce que cachent les « frais » : 4 950 € supplémentaires chaque mois

À côté de l’indemnité principale, chaque eurodéputé perçoit une indemnité forfaitaire de frais généraux de 4 950 € par mois. Sur le papier, elle sert à financer un bureau en circonscription, du matériel informatique, de la téléphonie, des abonnements, des frais administratifs courants. Sur le fond, c’est là que réside la vraie zone d’ombre.

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Cette indemnité est versée automatiquement, sans aucune obligation de justifier les dépenses. Aucun reçu, aucun relevé à fournir, aucun contrôle a posteriori. Des journalistes européens ont même porté plainte devant la Cour de justice de l’UE pour tenter d’accéder au détail de ces dépenses. Réponse du Parlement : ces informations relèvent de la vie privée des élus. On mesure l’ampleur du problème. La seule contrainte qui existe : si un député participe à moins de la moitié des votes en séance plénière sur une année parlementaire, cette indemnité est automatiquement réduite de moitié. Une sanction minimale, pour un dispositif d’une opacité maximale.

350 € par jour de présence : l’indemnité que peu de gens connaissent

En dehors de l’indemnité mensuelle et des frais généraux, les eurodéputés perçoivent 350 € par jour lors de chaque journée d’activité officielle à Bruxelles ou à Strasbourg. Pour toucher l’intégralité de cette somme, une seule obligation : signer un registre de présence. En cas d’absence à ce registre, le montant est réduit de moitié. Pour un député assidu qui participe à toutes les sessions, cela représente environ 1 500 € supplémentaires par mois.

Selon le Parlement européen lui-même, cette indemnité journalière a vocation à couvrir :

  • les frais d’hébergement à Bruxelles ou Strasbourg
  • les repas et restauration
  • toutes les autres dépenses nécessaires liées à la présence sur place

En théorie, c’est une compensation logistique. En pratique, pour ceux qui résident près des sièges du Parlement, elle représente un revenu complémentaire non négligeable.

Assistants, voyages, retraite : le reste de l’iceberg

Ce qu’on oublie souvent de mentionner, c’est que le salaire d’un eurodéputé ne se résume pas à ce qu’il touche personnellement. Chaque élu dispose d’une enveloppe mensuelle de 30 769 € pour rémunérer ses assistants parlementaires, directement gérée par les services du Parlement. Cet argent ne lui est pas versé en main propre : il sert à payer les salaires, cotisations et frais de mission d’une équipe pouvant comprendre plusieurs collaborateurs à Bruxelles et dans sa circonscription.

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À cela s’ajoutent des avantages directement liés à l’exercice du mandat : les frais de voyage sont pris en charge jusqu’à un billet d’avion en classe affaires ou un billet de train en première classe, avec une enveloppe annuelle maximale de 4 940 € pour les déplacements hors du pays d’origine. Les frais médicaux sont remboursés à hauteur des deux tiers. Et en fin de mandat, les élus bénéficient d’une indemnité transitoire équivalente à un mois d’indemnité par année exercée, dans la limite de deux ans. Ces dispositifs financent le travail et la transition. Mais leur cumul, sur un mandat de cinq ans, représente des sommes considérables que les chiffres bruts ne révèlent pas.

Eurodéputé vs député français : qui gagne vraiment plus ?

La comparaison est éclairante : un eurodéputé perçoit en net environ 43 % de plus qu’un député de l’Assemblée nationale française. Le tableau ci-dessous met les deux statuts face à face.

CritèreDéputé européenDéputé français
Indemnité brute mensuelle10 927,44 €7 637,39 €
Indemnité nette mensuelle8 517,01 €5 953,34 €
Frais de mandat / frais généraux4 950 € / mois (sans justificatif)Avance sur frais de mandat (AFM) encadrée
Budget collaborateurs30 769 € / mois11 118 € / mois
Indemnité journalière de présence350 € / jourNon applicable (système différent)

Pour donner une mesure concrète : le salaire net d’un eurodéputé représente plus de 6 fois le SMIC brut et près de 4 fois le salaire médian français. Ce sont des chiffres qui méritent d’être connus, non pour alimenter la polémique facile, mais pour comprendre à quel niveau de responsabilité ce mandat est censé se situer.

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Un tiers des eurodéputés cumule avec d’autres revenus

En décembre 2024, Le Monde publiait une enquête fouillée qui mérite qu’on s’y attarde : près d’un tiers des eurodéputés conservent des activités rémunérées en dehors de leur mandat. Les 216 élus concernés déclarent au total 6,3 millions d’euros de revenus annexes par an, soit une moyenne de 29 000 € supplémentaires chaque année. Avocats, consultants, médecins, agriculteurs : les profils sont variés, les montants le sont aussi.

La palme revient à l’eurodéputé roumain Gheorghe Piperea, dont les activités d’avocat génèrent plus de 657 000 € par an en parallèle de son mandat. Ce qui pose question, ce n’est pas tant le cumul en lui-même que l’absence totale de plafond ou de liste d’activités prohibées. Il n’existe aucun régime d’incompatibilités strict comparable à celui en vigueur en France. Raphaël Kergueno, de Transparency International, le dit sans détour : l’interdiction se limite aux activités de lobbying direct dans le cadre des décisions de l’UE. Au-delà, le flou est la règle. Et 99 eurodéputés travaillent pour des entités répertoriées comme faisant du lobbying actif à Strasbourg.

Ce que ce salaire dit (vraiment) de l’Europe

Derrière les chiffres, il y a une question de fond que peu de commentateurs posent vraiment : pourquoi un eurodéputé est-il aussi bien rémunéré ? La réponse tient en partie au contexte du mandat. Exercer la fonction implique une mobilité permanente entre Bruxelles, Strasbourg et sa circonscription, la maîtrise de plusieurs langues, un éloignement structurel de ses électeurs, et une charge de travail législatif sur des sujets d’une technicité souvent redoutable. Attirer des profils compétents dans un parlement que beaucoup ignorent ou méprisent a un coût.

On peut l’entendre. Ce qui est plus difficile à accepter, c’est l’opacité persistante sur l’usage réel de ces sommes. Les frais généraux versés sans justificatif, les activités annexes mal encadrées, l’absence de contrôle effectif des conflits d’intérêts malgré le scandale du Qatargate en 2022 : autant de failles qui alimentent la défiance. Ce n’est pas le salaire d’un eurodéputé qui pose problème. C’est le fait qu’on ne sache toujours pas précisément à quoi il correspond.

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