Fin des voitures thermiques en 2035 : que dit réellement la loi européenne ?

Législation
voiture thermique

Vous hésitez à acheter une voiture essence ou diesel en vous demandant si elle deviendra vite inutilisable ou invendable ? Vous n’êtes pas seul. Depuis des mois, une rumeur circule partout : à partir de 2035, plus aucune voiture thermique ne pourrait être vendue en Europe. Sauf que la réalité, depuis le 16 décembre 2025, a pris un virage que peu d’automobilistes connaissent encore. La Commission européenne a assoupli sa position, et ce que beaucoup présentent comme une interdiction totale ne l’est plus vraiment. Nous avons repris les textes officiels et les déclarations des institutions pour vous donner une vision claire, sans exagération ni raccourci, de ce que dit vraiment la loi.

Ce que la loi de 2023 prévoyait vraiment

Le 14 février 2023, le Parlement européen a voté un texte qui a marqué un tournant pour l’industrie automobile. Adopté par 340 voix pour et 279 contre, ce règlement fixait un objectif net : 100% de réduction des émissions de CO2 pour les voitures particulières neuves à partir de 2035. Dans les faits, cela revenait à interdire la vente de véhicules thermiques et hybrides classiques après cette date, puisqu’aucun moteur à combustion ne peut atteindre zéro émission sans dispositif de compensation.

Ce texte, codifié dans le règlement européen sur les normes de CO2, prévoyait aussi une étape intermédiaire moins connue du grand public : une baisse de 55% des émissions dès 2030, par rapport au niveau de 2021. Les petits constructeurs vendant moins de 10 000 véhicules par an bénéficiaient d’une exemption, un détail qui a permis à certaines marques de niche de continuer leur activité sans se plier au même calendrier que les géants du secteur.

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Le revirement de décembre 2025

Rien n’arrive sans pression, et celle-ci venait de loin. L’Allemagne, les constructeurs automobiles et l’organisation internationale des constructeurs (OICA) réclamaient depuis des mois un assouplissement du calendrier, jugeant l’objectif de 100% irréalisable dans les délais impartis. En septembre 2025, une réunion entre Ursula von der Leyen et les représentants de l’industrie a confirmé que ce dossier serait rouvert.

Le 16 décembre 2025, la Commission européenne a tranché : l’objectif passe de 100% à 90% de réduction des émissions de CO2 à horizon 2035. Manfred Weber, eurodéputé influent sur ce dossier, a résumé la portée du changement en affirmant que toutes les motorisations restent désormais autorisées après cette date. Attention toutefois à ne pas mal interpréter cette annonce : il ne s’agit pas d’un abandon de l’ambition climatique européenne, mais d’un ajustement du mécanisme permettant d’atteindre cet objectif par des voies différentes.

Que deviennent les 10% restants ?

Voici la partie la plus technique, et probablement la plus mal comprise de ce nouveau règlement. Les 10% d’émissions qui ne sont plus soumis à zéro rejet obligatoire peuvent être compensés par plusieurs leviers industriels : l’utilisation d’acier bas carbone produit dans l’Union européenne, l’intégration de biocarburants, ainsi que le recours aux e-fuels, ces carburants de synthèse fabriqués à partir d’hydrogène et de CO2 capté. Les hybrides rechargeables et les véhicules à prolongateur d’autonomie profitent également de cette marge de manœuvre pour rester commercialisés après 2035.

Pour visualiser concrètement ce qui change, un comparatif s’impose entre l’ancienne version du règlement et la version assouplie adoptée fin 2025.

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CritèreAvant l’assouplissementAprès l’assouplissement (décembre 2025)
Objectif de réduction CO2 en 2035100%90%
Motorisations autorisées après 2035Zéro émission uniquementThermique, hybride et hybride rechargeable via compensation
Mécanismes de compensationAucunAcier bas carbone, biocarburants, e-fuels
Statut des petits constructeursExemption sous 10 000 véhicules/anExemption maintenue

Pourquoi ce n’est pas une victoire totale pour le thermique

Nous allons être francs avec vous : ce revirement a été largement surjoué dans certains médias, comme si le thermique venait de gagner une bataille décisive. Ce n’est pas notre lecture des chiffres. Passer de 100% à 90% d’exigence signifie qu’il faudra vendre environ neuf voitures électriques pour chaque véhicule thermique encore autorisé sur le marché après 2035. Autrement dit, la part réservée au thermique devient résiduelle, presque symbolique face à la trajectoire électrique qui reste, elle, écrasante.

On a parlé de retour en arrière, de coup de frein sur la transition écologique. Nous y voyons plutôt un trou de souris, savamment négocié par des lobbies industriels, mais qui ne change rien à la direction générale prise par le marché automobile européen. Le thermique survivra à la marge, pas au centre du jeu.

Ce que ça change pour l’achat d’une voiture aujourd’hui

Vous hésitez encore entre thermique, hybride et électrique en 2026 ? Voici ce que nous vous conseillerions si vous étiez un ami venu nous demander notre avis autour d’un café. La valeur de revente d’un véhicule thermique acheté aujourd’hui ne s’effondrera pas brutalement en 2035, puisque la loi n’interdit plus totalement ce type de motorisation. Mais plusieurs paramètres restent à surveiller avant de vous décider.

  • Le calendrier de la clause de revoyure prévue pour 2026 et 2027, qui pourrait encore faire évoluer les règles
  • Le coût réel des e-fuels une fois produits à grande échelle, encore largement supérieur à celui de l’électricité
  • La disponibilité des bornes de recharge dans votre région, un critère souvent sous-estimé lors de l’achat
  • Les aides à l’achat de véhicules électriques, qui peuvent évoluer selon les décisions budgétaires nationales
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Ces quatre points ne suffisent pas à trancher seuls, mais ils vous donneront une base solide pour ne pas acheter dans la précipitation, ni céder à la panique d’une interdiction qui, en réalité, s’est nettement adoucie.

Les prochaines échéances à surveiller

Le texte adopté en décembre 2025 doit encore passer par une validation formelle du Conseil et du Parlement européen, une étape qui n’est pas qu’une formalité administrative tant les tensions entre États membres restent vives sur ce dossier. Une clause de revoyure est également programmée entre 2026 et 2027, ce qui laisse la porte ouverte à de nouveaux ajustements selon l’état du marché électrique et la pression industrielle du moment.

Ce que nous retenons de ce dossier, c’est que 2035 n’est plus vraiment une date gravée dans le marbre. C’est devenu une négociation permanente, où chaque année apporte son lot d’ajustements entre ambition climatique et réalité industrielle.

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